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Un tiers de la nourriture produite
dans le monde est perdu ou gaspillé, alors que 783 millions de personnes
souffrent de la faim. Face à ce paradoxe, le Secrétariat Exécutif du Comité de
Concertation État-Secteur Privé (CCESP) a réuni, le jeudi 22 octobre
2026 au Novotel Abidjan, plus de 60 participants issus de l’Administration,
du secteur privé, des porteurs de solutions et de la société civile, pour la
restitution de l’étude d’opportunité d’un cadre normatif de lutte contre le
gaspillage alimentaire en Côte d’Ivoire.
Un enjeu économique, social et
climatique
Sécurité alimentaire, nutrition,
pression sur les ressources, urbanisation et gestion des déchets : le
gaspillage alimentaire est un défi à plusieurs dimensions. À l’échelle
mondiale, il représenterait 8 à 10 % des émissions de gaz à effet
de serre et constitue un enjeu majeur de l’Objectif de développement
durable n° 12 sur la consommation et la production responsables.
Pour le Conseiller Technique Georges
Copré, représentant le Secrétaire Exécutif du CCESP, Mme Mariam Fadiga Fofana,
il est aussi une « opportunité de création de valeur » :
réduire les coûts des entreprises, créer des activités et des emplois,
renforcer la sécurité alimentaire et limiter les impacts environnementaux. Or
en Côte d’Ivoire, les initiatives existantes demeurent dispersées et aucun
cadre normatif national ne les fédère.
Du Dialogue Public-Privé à l’étude
L’étude restituée prolonge un engagement pris lors de la Journée Nationale du Partenariat (JNP) de novembre 2023, consacrée à la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) : la feuille de route issue de cette édition prévoyait la préparation d’un cadre normatif de lutte contre le gaspillage alimentaire. Réalisée avec l’appui du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), elle a été conduite par la consultante internationale Julia Venn, saluée pour la qualité de son travail. Fondée sur une revue documentaire, 15 entretiens, deux enquêtes en ligne et deux ateliers multi-acteurs, elle propose un état des lieux, un benchmark international (Maurice, France, Italie, Royaume-Uni, Japon, Corée du Sud, Afrique du Sud, Ghana) et une analyse de l’opportunité d’un cadre normatif.
Des ordres de grandeur qui
interpellent
Faute de référence nationale
représentative, l’étude s’appuie sur les estimations du PNUE : environ
89 kg par habitant et par an pour les seuls ménages, soit près de 2,9 millions
de tonnes chaque année. Un scénario exploratoire intégrant la restauration
et la distribution porte le total à 4,26 millions de tonnes
(environ 131 kg par habitant), dont près de deux tiers dans les ménages.
Le rapport précise qu’il s’agit d’ordres de grandeur, et non d’une base de
référence officielle, dont l’établissement figure parmi les premières
priorités.
Donner coûte plus cher que détruire
L’étude écarte l’idée d’un vide
juridique : le cadre existe, mais il est fragmenté entre
commercialisation, dates de consommation, sécurité sanitaire, dons, fiscalité
et gestion des déchets. Et il produit parfois l’effet inverse de celui
recherché :
·
le
décret de 1992 interdit de vendre ou de donner un produit une fois sa
date atteinte, sans distinguer la date limite de consommation (DLC, liée
à la sécurité) de la date de durabilité minimale (DDM, liée à la
qualité) ;
·
le
don ne dispose d’aucun régime spécifique, avec une TVA à reverser et des
responsabilités floues pour le donateur : il est aujourd’hui plus
compliqué de donner que de détruire ;
·
les
solutions existent, mais elles ne mobilisent que 34 % de leurs
capacités : le maillon faible reste la connexion et la logistique
entre détenteurs de surplus et structures de redistribution.
Une approche mixte et progressive
Aucun pays étudié n’offre de modèle
unique. Après comparaison de quatre scénarios (statu quo, approche volontaire,
loi autonome, approche mixte et progressive), l’étude recommande une approche
mixte et progressive, combinant engagements volontaires, adaptation des
règles existantes et durcissement graduel, sans faire de la loi autonome un
point de départ obligé. Neuf recommandations principales, déclinées en
52 mesures, structurent cette trajectoire, notamment :
·
la
mesure du gaspillage et la fixation d’objectifs quantifiés ;
·
la
modernisation du régime des dates de consommation ;
·
la
sécurisation et la facilitation du don des invendus, avec des
incitations fiscales alignées ;
·
une
hiérarchie nationale de prévention et de gestion des déchets
alimentaires ;
·
un
Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, associant
l’État et les acteurs de la chaîne ;
·
la
structuration de l’écosystème de solutions et la sensibilisation du public.
La feuille de route s’étale sur trois temps : 0 à 12 mois pour la base de référence, la gouvernance et le lancement du Pacte ; 12 à 36 mois pour les objectifs quantifiés, l’opérationnalisation du don et les instruments fiscaux ; au-delà de 36 mois pour l’évaluation et, le cas échéant, un véhicule juridique plus contraignant. Une coordination stratégique pourrait être envisagée à la Primature, via la Cellule Économie Circulaire.
De la logique de perte à la logique
de partage
Représentant la Ministre de la
Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, le
Directeur de Cabinet, M. Kouadio Jules, a placé l’enjeu sous l’angle de la
solidarité : passer « d’une logique de perte à une logique de
valorisation, et d’une logique de gaspillage à une logique de partage ».
Le futur cadre devra, selon lui, sécuriser les dons, clarifier les
responsabilités et faciliter la redistribution des invendus des grandes
surfaces, commerces, hôtels, restaurants et industries agroalimentaires vers
les banques alimentaires, associations et ONG, en conciliant « la
sécurité des bénéficiaires, la responsabilité des donateurs et l’efficacité des
mécanismes de solidarité ».
Le Ministère de l’Environnement et
de la Transition écologique, représenté par le Conseiller technique Georges
Kouadio, ainsi que la GIZ, étaient également présents.
Agir ensemble : le temps des
engagements
En fin de journée, un panel intitulé
« Agir ensemble contre le gaspillage alimentaire : quels leviers ? »
a réuni administration, FAO, Banque Alimentaire et entreprises.
Au terme des échanges, plusieurs
étapes ont été évoquées : une sollicitation conjointe des acteurs
pour réviser le décret sur les dates ; des propositions fiscales
argumentées en faveur du don ; la création du Pacte national,
combinée à la sensibilisation ; et un groupe de travail multi-acteurs
sous l’égide du CCESP, avec une communication en Conseil des ministres sur
les recommandations. Le constat est partagé : les acteurs sont prêts et
les solutions existent ; reste à construire ensemble un cadre clair et
mobilisateur.
Invitant les participants à « échanger
avec franchise » pour poser les bases d’un cadre « intégré et
harmonisé », le représentant du Secrétaire Exécutif du CCESP a lancé
un appel à la mobilisation : « Ensemble, engageons-nous contre
le gaspillage alimentaire en Côte d’Ivoire. »