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Du 04 au 06 mars 2026, la
ville de Grand-Bassam accueille, un atelier national consacré aux
problématiques foncières des entreprises agro-industrielles. Initiée par le
Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP), en collaboration avec les
ministères techniques et la Confédération Générale des Entreprises de Côte
d’Ivoire, cette rencontre de haut niveau intervient dans un contexte marqué par
la recrudescence des conflits fonciers et les défis croissants liés à la
sécurisation des investissements agricoles.
Un enjeu stratégique pour
l’industrialisation agricole
Pilier de l’économie
ivoirienne, l’agriculture contribue à près de 25 % du PIB, dont 8,4 %
proviennent des cultures d’exportation. Au-delà de la production, l’ambition
affichée par le Gouvernement est désormais claire, car il s’agit de transformer
davantage sur place, de capter une plus grande part de la valeur ajoutée et
d’accélérer l’industrialisation agricole, conformément aux orientations du Plan
national de développement 2026-2030.
Mais cette ambition se
heurte à une contrainte majeure : l’insécurité foncière. Contestations de
titres, occupations irrégulières, chevauchements de droits coutumiers et
modernes, pressions urbaines ou minières, destructions de cultures et entraves
à l’accès aux plantations fragilisent les investissements et pèsent sur le
climat des affaires.
Un Dialogue Public-Privé pour restaurer la confiance
La problématique a été
formellement portée par l’Union des Grandes Entreprises Industrielles de Côte
d’Ivoire (UGECI) et l’Union des Entreprises Agricoles et Forestières (UNEMAF),
membres de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI). A
l’issue d’un an de travaux préparatoires menés par un comité scientifique
pluridisciplinaire, l’atelier de Grand-Bassam vise à établir un diagnostic
partagé et à formuler des recommandations opérationnelles.
A l’ouverture des travaux,
le Conseiller technique Seynou Idrissa, représentant le ministre de
l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, a rappelé
que la sécurisation foncière constitue à la fois un enjeu de cohésion sociale
et un indicateur clé de performance du secteur agricole. Il a souligné les
réformes engagées par l’État, notamment la modification de la loi de 1998 sur
le domaine foncier rural et le rôle central de l’Agence Foncière Rurale (AFOR),
créée en 2016 pour accélérer la délimitation des territoires villageois et la
délivrance des certificats fonciers.
A fin 2025, plus de 5 586
territoires de villages avaient été délimités et 67 835 certificats fonciers
délivrés, illustrant les progrès réalisés, même si les défis restent
considérables.
Le foncier, première
brique du modèle industriel
Pour le secteur privé, la
question est cruciale. « Sans foncier sécurisé, pas d’usine ; sans usine, pas
de transformation ; sans transformation, pas de valeur ajoutée locale », a
résumé le Directeur exécutif de la CGECI, Stéphane Aka-Anghui.
Le foncier conditionne
l’accès au crédit, la stabilité des projets à long terme et la confiance des
investisseurs internationaux. Chaque blocage foncier se traduit par des emplois
différés, des recettes fiscales perdues et un ralentissement de la dynamique
industrielle.
Au-delà des contraintes
juridiques, les entreprises dénoncent la lourdeur des procédures
administratives, la superposition des droits, ainsi que les affectations
multiples de parcelles liées à l’urbanisation ou à d’autres usages
stratégiques.
Vers une feuille de route
opérationnelle
Durant ces trois jours, représentants
de l’administration, chefferies traditionnelles, organisations patronales, ONG
et partenaires techniques plancheront sur des solutions concrètes :
clarification des procédures, sécurisation des titres, mécanismes de médiation
communautaire, meilleure articulation entre planification urbaine et zones
agro-industrielles.
A l’issue des travaux, un
rapport général et un Livre blanc seront transmis au Gouvernement. L’objectif
est d’aboutir à une feuille de route assortie d’actions à court, moyen et long
terme.
Au-delà de l’exercice
technique, l’enjeu est de transformer le foncier en levier de compétitivité
plutôt qu’en facteur de blocage. Car pour la Côte d’Ivoire, puissance agricole
régionale, la sécurisation des terres constitue l’un des préalables essentiels
à la réussite de son pari d’industrialisation et à l’attractivité durable de
son économie.